-Oh, Messire, si cette pièce vous paraît forte de parures et de richesses, elle est moins dûe aux profits du Cochon Braisé qu'à la vie rocambolesque et inusitée du voyageur aguerri que je suis. Ce sont les profits de ma carrière que vous entrevoyez en ces lieux. Hum, enfin ceci dit, allons droit au but :
-La Guilde des Ombres est une organisation secrète d'individus excentriques prônant les doctrines du larcin, de la contrebande, enfin toutes sortes de crime et de méfaits dont vous devez pouvoir imaginer les fioritures. Ils portent toujours des masques étranges et apparaissent rarement le jour. En fait, vu la nature de leur entreprise, ils agissent souvent à travers quelqu'un d'autre afin de protéger leurs secrets. Je n'en sais pas beaucoup sur leurs activités, et cela doit changer.
-Pour ce qui est des cornus, comme je les appelle, ou fils du chaos, de leur véritable nom, ce sont les pires individus qu'il m'ait été donné de rencontrer. Malpolis, malpropres, violents et barbares, de viles marauds qui se terrent dans un quelconque repaire à l'orée de nos bois. J'ai même entendu dire que ces lascars prélevaient une taxe sur la route de leur camp, eh! Vous vous imaginez, mon cher Augustin -je peux vous appeler Augustin?- ce que pareils individus feront de cet argent, je dirais même pire : de ceux qui refuseront de payer? Tout cela est tout purement odieux, moi qui croyait enfin pouvoir prendre ma retraite et fonder mon auberge comme je l'avais toujours souhaité, je me rends à présent compte que je n'ai peut-être pas choisi l'endroit idéal.
Archibald tira sa pipe de sa bouche et la contempla dans un instant de silence, comme si par ce geste quelque souvenir se présentait à son esprit, filtré à travers ses yeux bleus momentanément lourds de ces événements passés.
-J'ignore pourquoi je suis si familier avec vous, Augustin. Je ne m'avance généralement jamais dans ce genre de propos, sinon en compagnie de Zolaz. Peut-être vous vois-je comme le digne représentant du courage et de la vertue, ces notions héroïques et justes qui ne se font que trop rares par ici, ou peut-être est-ce ce petit cognac que je dégustai ce matin.
Il y eut un nouvel instant de silence de la part de l'aubergiste durant lequel il jeta moults regards pénétrants en direction du jeune homme.
-Mais oui...je me rends compte à présent...eh! C'est donc cela dont j'avais besoin...